J'ai qu'à penser à la vie qu'il a eue et à toutes les fois qu'il est tombé et qu'il a dû se relever pour avoir les ressources et les forces nécessaires. (aquarelle 31 x 27)
Voici le texte que j'ai fait en son hommage :
" A SU BENEDICA 'Zi Ste. Ceux qui connaissent le patois sicilien savent combien cette formule de salutation est chargée de respect.
Je me souviens comment mon Père nous fusillait du regard quand par distraction on oubliait de le saluer ou de saluer les gens qui venaient nous rendre visite à la maison. Fallait qu'on y aille de ce « A SU BENEDICA 'Zi Pè, A Su benedica 'Zi Cà.
Mon Père c'était ça en gros : l'homme du Respect. Que ce soit vis-à-vis de sa femme, vis-à-vis de ses enfants, vis-à-vis des gens. Et ce respect, on le lui rend bien tous aujourd'hui à voir l'immense présence qu'il y a dans cette église.
Pourtant on peut pas dire que ça a été une star, une célébrité, rien qu'un homme ordinaire.
Un homme ordinaire qui a été orphelin dès son plus jeune âge, traversant des moments pénibles, et puis avec celle qui a été sa femme pendant près de 70 ans, connaître des périodes de misère, à essayer de faire leur trou dans leur Sicile natale.
Cet homme ordinaire a été très jeune enrôlé à l'armée, il sera soldat pendant plus de 7 ans.
Cet homme ordinaire désertera l'armée sous Mussolini pendant la guerre pour aller retrouver sa femme et ses enfants. Ils tentent ensemble de survivre sur cette terre aride et hostile. Les temps sont durs, ils s'endettent, mon père est seul pour nourrir une femme et déjà 4 enfants.
Arrive l'accord belgo-italien qui propose le transfert de 50000 travailleurs italiens dans les mines belges et voilà comment cet homme ordinaire se retrouve au fonds d'un puits de charbonnage pendant 5 ans, loin de sa famille restée au pays. Et ça ce n'est déjà plus si ordinaire.
Sa femme et ses 4 enfants viennent finalement le rejoindre.
Après la mine, l'usine jusqu'à ses 65 ans plus un jour, entretemps 2 autres enfants.
La famille est plus que nombreuse et plus que modeste et pourtant jamais ô grand jamais nous n'avons connu la privation, nous n'avons jamais manqué de quoi que ce soit, au contraire que de bonnes choses, et surtout de bons souvenirs.
Voilà Papa, en effet dans notre vocabulaire de cols blancs que nous sommes tous devenus aujourd'hui, gavés de médias, t'étais pas une star mais quel grand homme t'as été ...
Maintenant on va hériter de toi, oh je t' rassure je ne parle pas en termes d'AVOIR ici, tu nous as suffisamment appris à être content de ce qu'on avait, non je parle en termes d'ETRE, on va hériter de toi disais-je, tes manières d'ÊTRE, de ce caractère de battant que tu as eu jusqu'à ton dernier souffle, de cette volonté de vivre et de prendre la vie à bras le corps.
Personnellement, je voudrais tant transmettre à mes enfants les valeurs que tu nous as inculquées au travers de ces beaux moments partagés ensemble .... Tu te souviens de ces merveilleux instants passés en famille, aux fêtes de Noël, de Pâques, à manger des cosi dunci que Maman, avec son inexorable dévotion s'appliquait à nous préparer, ces soirées à jouer aux cartes avec i paesani, tes amis. Je me rappelle aussi ces tarentelles que tu dansais aux mariages siciliens, quelle force tu avais, quelle joie de vivre ..., quelle ardeur.
Cet amour que tu avais de la terre, celle d'Italie ou ton petit lopin de terre que tu empruntais ici derrière le magasin Match.
Qu'est-ce qu'on en a ramené des sacs de patates ? Au fond, t'es sans doute le dernier viggianù à partir.
Tu te souviens aussi, aux anniversaires, ton sens de l'humour, ce petit baiser furtif que t'essayais de coller sur la bouche, que dis-je, sur la joue de notre maman 'siciliennement' pudique. A ce propos Papa, en te mariant avec maman tu as fait quelque chose d'extraordinaire. Vous vous êtes tellement aimés, d'un amour ineffable. Avec ça, la fête c'était presque tous les jours. Des jours au petit matin desquels, aux petites heures, tu partais faire ta journée sans embêter personne, discrètement et ...avant-hier tu nous as refait le coup, t'as essayé de nous dire que tu voulais un dernier baiser et tu nous as quittés discretos comme d'habitude, laissant une grande famille unie derrière toi..
Au revoir l'homme ordinaire,
« une vie est bien trop courte que pour être petite ».
Ciao, on est fiers de t'avoir eu comme Père ou Grand-Père.
Grazie Papa e arriposa in pace, tu meritasti."